La mangaka de l’acclamé Beastars, Paru Itagaki, revient sur le devant de la scène avec Bota Bota, un one-shot singulier et audacieux qui explore avec une originalité déconcertante les thèmes de l’amour, de la sexualité et de l’acceptation de soi. Loin des amours anthropomorphes qui ont fait son succès, elle nous livre ici une tranche de vie humaine, brute et teintée d’humour noir, qui ne laisse personne indifférent.
Une héroïne en quête d’amour propre
Au cœur de ce récit pour le moins atypique, nous suivons Mako, une jeune femme active et séduisante qui souffre d’un mal étrange et handicapant : elle saigne abondamment du nez au moindre contact avec ce qu’elle estime « sale ». Une simple poignée de main, un baiser ou, pire encore, un rapport intime, se transforment en véritables geysers de sang, rendant toute relation amoureuse et charnelle quasi impossible.
Ce postulat de départ, aussi absurde que visuellement marquant, sert de métaphore à une anxiété plus profonde. Le handicap de Mako est la manifestation physique d’un blocage psychologique dont les racines, comme le suggère le récit, plongent dans son enfance et la séparation de ses parents. Bota Bota n’est donc pas une simple comédie romantique sanglante, mais bien l’exploration du parcours d’une femme moderne en lutte avec ses propres démons pour atteindre une vie affective et sexuelle épanouie.
Entre drame psychologique et comédie grotesque
Les critiques s’accordent sur le caractère inclassable de l’œuvre. Ni véritablement shōjo, ni complètement seinen, Bota Bota se situe à la croisée des genres. Il mêle avec brio le drame psychologique, la tranche de vie et une comédie aux accents parfois érotiques et grotesques. Cette singularité, qui fait la force du manga, peut également dérouter.
L’humour, souvent grinçant, naît du décalage entre le quotidien banal de Mako et la soudaineté de ses hémorragies spectaculaires. Paru Itagaki n’hésite pas à user de l’hyperbole pour illustrer le malaise de son héroïne, créant des scènes aussi drôles que dérangeantes. Derrière le sang et l’absurdité des situations, se cache une réflexion subtile sur les peurs irrationnelles, la quête d’intimité et la difficulté de s’accepter tel que l’on est.
Le style Itagaki : Une patte graphique unique
Le dessin de Paru Itagaki, reconnaissable entre tous, est un élément central de l’expérience de lecture. Son trait, que d’aucuns qualifient de « particulier » ou de « caricatural », est mis au service d’une expressivité hors norme. Les personnages, avec leurs grands yeux et leurs corps élancés, peuvent paraître déstabilisants au premier abord, mais cette esthétique contribue à créer une atmosphère unique, oscillant entre le familier et l’étrange.
Si son style s’intégrait parfaitement à l’univers animalier de Beastars, son application à des personnages humains dans Bota Bota a suscité des réactions plus partagées. Certains lecteurs ont pu être déconcertés par cet aspect « brut » et anti-conventionnel, tandis que les critiques saluent une patte graphique qui renforce le propos déjanté et la profondeur psychologique du récit.

Un accueil critique favorable, des lecteurs partagés
La presse spécialisée a dans l’ensemble réservé un accueil très positif à Bota Bota, louant son originalité, son intelligence et sa capacité à traiter de sujets complexes avec humour et sensibilité. Les critiques soulignent la profondeur du récit qui, sous des dehors de comédie absurde, invite à une véritable réflexion sur soi.
Du côté des lecteurs, les avis sont plus nuancés. Si beaucoup reconnaissent l’audace du scénario et la patte unique de l’autrice, certains se sont dits décontenancés par le côté « WTF » (What The Fuck) de l’histoire et par le style graphique jugé déroutant. Le manga semble ainsi cliver : on adore ou on a plus de mal à y entrer. Il est à noter que le one-shot se conclut sur une histoire courte plus ancienne, qui a été jugée moins convaincante par certains.
Mon avis : Une expérience manquée et déconcertante
Si l’originalité de Bota Bota est indéniable, il faut reconnaître que l’expérience de lecture est loin d’être universellement convaincante. Pour ma part, ce one-shot de Paru Itagaki laisse un sentiment d’inachevé et de perplexité, où l’audace du concept ne parvient pas à compenser une exécution qui peine à trouver son équilibre. J’ai d’ailleurs du mal à imaginer que ce manga a été créé après Beastars qui pour le coup est beaucoup plus mature que celui-ci.
Le postulat de départ, cette phobie sanglante et spectaculaire, se veut une métaphore des blocages psychologiques. Cependant, cette allégorie est assénée avec si peu de subtilité qu’elle en devient presque lourde, étouffant les personnages sous le poids du symbole. Le récit oscille constamment entre le drame psychologique et la comédie grotesque, sans jamais réussir à fusionner les deux de manière satisfaisante. On reste ainsi à distance de Mako et de ses tourments, le côté What the fuck et l’humour grinçant créant une barrière qui empêche toute véritable connexion émotionnelle.
En définitive, Bota Bota ressemble plus à une expérimentation audacieuse mais non concluante qu’à une œuvre véritablement maîtrisée. L’ambition de traiter de sujets profonds est palpable, mais le manga se perd dans son propre concept, laissant le lecteur sur une impression d’étrangeté et de frustration. C’est une lecture que l’on oubliera sans doute aussi vite que le sang d’un saignement de nez est essuyé : une tache éphémère et déconcertante, qui peine à laisser une marque durable. À réserver uniquement aux fans inconditionnels de la mangaka prêts à tout lui pardonner.
- Titre : Bota Bota
- Autrice : Paru Itagaki
- Editeur : Ki-oon
- Date de parution : 02/10/2025
- Temps de lecture approximatif : 45min

Bota Bota
D’amour et de sang, ou la poursuite du bonheur par Paru Itagaki ( Beastars) !Mako désespère de trouver l’amour. Pourtant, elle est entreprenante, séduisante et a un travail stable… mais se met à saigner du nez dès qu’elle touche quoi que ce soit qui lui paraisse malpropre. Le moindre contact physique est une épreuve, et un baiser entraîne des torrents écarlates !

