Highguard tire sa révérence : comment un jeu prometteur a sombré en 45 jours

Il y en aura eu des fermetures de serveurs dans l’histoire du jeu vidéo, mais celle de Highguard restera probablement comme l’une des plus rapides et des plus brutales que le secteur ait jamais connues. Développé par Wildlight Entertainment, le jeu free-to-play fermera définitivement ses serveurs le 12 mars 2026, à peine six semaines après sa sortie le 26 janvier. Un crash industriel en accéléré, symptomatique des dérives d’un marché du live-service de plus en plus impitoyable.

Une annonce aux Game Awards qui sème le doute dès le départ

Le 11 décembre 2025, Highguard clôture les Game Awards comme ultime annonce de la soirée, la fameuse case réservée aux grandes révélations. Le jeu est présenté comme un shooter PvP développé par des anciens de Respawn Entertainment, les créateurs de Titanfall et Apex Legends, réunis au sein du studio indépendant Wildlight Entertainment.

Sur le papier, le pedigree est indéniable. Mais l’accueil est glacial. Le trailer ne convainc pas, le concept de raid shooter avec des montures dans un univers fantasy ne séduit pas les joueurs, et les comparaisons avec Concord pleuvent immédiatement sur les réseaux sociaux.

Ce qui devait être un tremplin s’est transformé en piège : la pression médiatique et le lancement précipité qui a suivi l’événement ont fragilisé le potentiel du titre dès sa sortie. Un silence radio du studio pendant des semaines alimente ensuite les rumeurs d’annulation, avant que le jeu ne sorte finalement comme prévu.

À lire aussi  Arc Raiders : Compléter la quête Premier point d'appui

Un lancement chaotique suivi d’une chute libre

Au lancement, le jeu atteint des sommets de plus de 100 000 joueurs simultanés sur certaines plateformes, avec des files d’attente enregistrées à certaines heures. Un démarrage encourageant, mais trompeur.

En réponse aux critiques, Wildlight tente de réagir rapidement : un mode 5v5 permanent est ajouté en urgence, un épisode 2 apporte une nouvelle carte, un personnage supplémentaire et un mode classé. Ces efforts ne suffisent pas à stopper l’hémorragie.

Ces derniers jours avant l’annonce, Highguard peinait à dépasser la barre critique des 1 000 joueurs connectés simultanément. Un effondrement vertigineux qui rend la suite inévitable.

Tencent coupe les fonds, les licenciements suivent

Derrière la façade du studio indépendant se cachait une réalité bien différente. Présenté comme un studio auto-financé, il a été révélé plus tard que le développement était soutenu par TiMi Studio Group, une filiale du géant chinois Tencent. Suite au non-respect des objectifs de rétention, Tencent aurait retiré son financement, entraînant le licenciement de près de 80% des effectifs de Wildlight quelques semaines seulement après la sortie.

Le coup de grâce arrive le 11 février 2026. Sur LinkedIn, Alex Graner, senior level designer sur Highguard, annonce publiquement avoir été licencié, ainsi que la plupart de l’équipe de Wildlight. Il précise que du contenu inédit, déjà conçu et prêt, ne verra probablement jamais le jour.

D’anciens employés ont également pointé du doigt l’arrogance de la direction, et le refus flagrant d’organiser des phases de playtests externes pour ajuster la formule avant le lancement aurait été fatal au projet. Une erreur de jugement qui, au regard du résultat, semble avoir pesé très lourd dans la balance.

À lire aussi  Crimson Desert ose le pari que personne n'attendait à un mois de sa sortie

Un dernier patch avant l’extinction

Malgré tout, Wildlight ne tire pas sa révérence les mains vides. Les serveurs de Highguard resteront accessibles sur PC, PS5 et Xbox Series jusqu’au 12 mars 2026. Le studio publie une mise à jour finale qui débloque l’intégralité des fonctionnalités prévues initialement pour la feuille de route à long terme, permettant aux fans de tester la version la plus complète du jeu avant sa disparition totale.

Ce patch de fin de vie inclut un nouveau Warden, une nouvelle arme, une progression de niveau de compte et des arbres de compétences. Un baroud d’honneur sincère, qui donne toutefois un goût amer : voir ce que le jeu aurait pu devenir avec un peu plus de temps et de confiance de la part de ses financeurs.

Wildlight admet sans détour que malgré la passion de l’équipe et les retours de la communauté, le studio n’a pas réussi à construire une base de joueurs suffisamment solide pour soutenir le jeu durablement.

Nouveau Concord ? La malédiction du live-service continue

L’histoire de Highguard fait évidemment écho à celle de Concord, le shooter de PlayStation Studios qui avait fermé ses portes deux semaines seulement après son lancement en 2024. Deux projets ambitieux, des équipes talentueuses, et un résultat identique : des serveurs éteints à peine le temps de s’y habituer.

La création et le maintien d’un shooter live-service figurent parmi les défis les plus complexes du secteur actuel. Le marché étant saturé, même les jeux prometteurs peinent à se faire une place. Highguard en est la dernière illustration en date.

À lire aussi  ARC Raiders : Compléter la quête Ruines révélatrices

L’annonce en grande pompe lors des Game Awards 2025 reste le point de bascule qui a scellé le destin du jeu. Cet événement, autrefois synonyme de consécration, est désormais vu avec une méfiance légitime par une partie de la communauté.

Le cas Highguard illustre une réalité de plus en plus fréquente dans l’industrie : même avec plus de 2 millions de joueurs à son lancement, un jeu service peut échouer à trouver un équilibre économique viable. La concurrence féroce sur le marché des shooters multijoueurs ne laisse que peu de place aux projets qui peinent à fidéliser sur la durée.

Nous avions suivi de près la trajectoire du jeu depuis ses débuts sur Chronotaku, notamment lorsque le site officiel de Highguard était passé hors ligne, premier signe visible de la désorganisation du studio. Le dénouement, hélas, était prévisible.


Vous aviez testé Highguard à sa sortie ? Vous étiez parmi les joueurs qui y croyaient encore malgré tout ? Dites-le en commentaire, et partagez cet article pour alimenter le débat autour de la crise du jeu live-service.

D’autres actualités

Partager cet article
Aucun commentaire