Il a bâti sa réputation sur des one-man-shows qui malmènent le politiquement correct avec une précision chirurgicale. Il a tourné dans Roqya, prouvant qu’il pouvait être un acteur crédible. Et maintenant, Jérémy Ferrari franchit la dernière marche : il passe derrière la caméra. Les K D’Or, son tout premier long métrage en tant que réalisateur, débarque dans les salles françaises ce 11 mars 2026. Le résultat ? Une comédie d’aventure déjantée qui divise autant que son auteur lui-même.
Un pitch complètement fou, et assumé jusqu’au bout
Difficile de ne pas être intrigué par le synopsis des K D’Or. Noé, persuadé par sa mère d’être le fils caché de Mouammar Kadhafi, est devenu chasseur de trésors avec une obsession unique : retrouver l’or du leader libyen, disséminé dans le Sahel après sa mort. Pour mener à bien cette quête improbable, il s’associe à Zoulika (de son vrai prénom Louise), ancienne détenue tout juste sortie d’un centre de réinsertion civique, attachante et complètement incontrôlable. Le tout sous couverture d’une participation au célèbre Marathon des Sables, où ils vont croiser Ryan, un quinquagénaire malvoyant, réactionnaire et puceau de 52 ans, qui cherche des sponsors pour son aventure sportive.
Sur le papier, c’est complètement absurde. En pratique, c’est précisément ce que les spectateurs étaient en droit d’attendre de Ferrari : un point de départ volontairement décalé, qui sert de terrain de jeu à une galerie de personnages délicieusement tordus. Le scénario a été co-écrit avec Saïd Belktibia, réalisateur de Roqya avec lequel Ferrari avait déjà collaboré, et Clément Peny, scénariste notamment des Survivants et de Maestro. Un trio d’écriture qui apporte au film une rigueur narrative que l’on ne soupçonne pas forcément en voyant la bande-annonce.
Un casting trois étoiles pour porter la folie
Jérémy Ferrari incarne Noé avec une détermination presque monolithique. Et c’est justement là que réside la grande intelligence du film : il choisit délibérément de se mettre en retrait, endossant le rôle du clown blanc, celui qui regarde les autres faire l’essentiel du chaos. Un choix risqué pour quelqu’un que l’on associe naturellement à l’énergie brute du stand-up, mais qui s’avère payant.
Car les véritables stars du film sont Laura Felpin et Éric Judor. Felpin, dont l’année 2025 avait déjà été chargée (Banger, Bref.2, Le Gang des Amazones), compose une Zoulika explosive, un électron libre qui transforme chaque scène en moment de chaos organisé. Judor, partenaire habituel de Ramzy, apporte sa candeur décalée et sa maladresse comique légendaire dans un rôle de Ryan qui lui va comme un gant. Ensemble, ils forment un duo d’une efficacité redoutable. La dynamique du trio rappelle par moments celle des grands duos comiques du cinéma français, entre Pierre Richard et Gérard Depardieu dans Les Compères ou encore Benoît Poelvoorde dans Le Boulet.
À noter également la présence au casting de Fred Testot, dont l’apparition ravira les spectateurs fans de l’humour français des années 2000.
Un tournage épique, entre désert et tragédie
Derrière Les K D’Or se cache aussi une histoire humaine profondément touchante. Le scénario original comportait trois personnages masculins, dont Guillaume Bats, humoriste que Ferrari produisait et qui était un ami proche. Ce dernier décède en juin 2023, alors que le film était encore en recherche de financement. Ferrari doit alors réécrire entièrement son script, introduisant le personnage féminin de Zoulika et imaginant le rôle de Ryan pour Éric Judor, qu’il contacte sans l’avoir jamais rencontré auparavant. Cette réécriture donne au film une couche d’émotion discrète mais bien présente.
Le tournage se déroule en octobre et novembre 2024, entre l’Île-de-France et le Maroc, avec une production qui a frôlé la catastrophe logistique. Les décors désertiques initialement repérés en juin 2024 ont dû être abandonnés à cause d’inondations exceptionnelles. L’équipe s’est finalement rendue presque à la frontière algérienne pour trouver des paysages encore vierges des productions habituelles. Et pour les scènes du Marathon des Sables ? Ferrari a obtenu l’autorisation de tourner lors du vrai événement 2024, évitant ainsi des coûts de figuration astronomiques. Un coup de chance autant qu’un coup d’audace.
Un humour qui ne s’excuse jamais
Ce qui ressort de la grande majorité des avant-premières et des critiques de presse, c’est la cohérence absolue des K D’Or avec l’identité artistique de son auteur. L’humour noir est omniprésent, abordant sans complexe la radicalisation, le handicap, la religion, les dictateurs. Ferrari n’a clairement pas rangé ses griffes pour plaire au plus grand monde, et certains spectateurs qui espéraient un humour encore plus incisif regrettent même qu’il soit parfois allé un peu moins loin que d’habitude.
La presse est globalement élogieuse sur la mise en scène et le rythme, deux qualités que l’on n’était pas forcément en droit d’attendre d’un premier film. Ferrari a clairement travaillé son rapport au cinéma : il cite en référence les films de Guy Ritchie et des frères Farrelly, et cela se ressent dans l’énergie de certaines séquences. Les plans aériens du désert apportent une vraie dimension visuelle à l’ensemble. L’intrigue, en revanche, sert davantage de prétexte à une succession de situations cocasses que de véritable colonne vertébrale narrative, et certaines critiques reprochent au film de se perdre dans ses propres méandres en seconde partie.
Notre avis
Les K D’Or n’est pas un film parfait. Il y a des longueurs, le personnage de Noé manque parfois de jeu et reste un peu figé face à l’exubérance de ses partenaires, et les fans les plus hardcore de Ferrari pourraient repartir avec le sentiment qu’il a un peu retenu les chevaux pour séduire un public plus large. Mais c’est surtout une comédie qui assume pleinement ce qu’elle est, portée par un duo Felpin-Judor d’une efficacité redoutable, une mise en scène généreuse et un refus total du film lisse et formaté que la comédie française produit trop souvent.
Pour un premier long métrage, c’est une réussite franche. Et surtout, cela donne énormément envie de voir ce que Ferrari fera une fois totalement libéré des contraintes d’une première réalisation. La promesse est là.
Les K D’Or est en salles depuis le 11 mars 2026.
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