Quand le succès rend mesquin : Clair Obscur Expedition 33 s’en prend à une BD innocente

On pensait avoir tout vu avec les polémiques autour des grandes licences qui s’acharnent sur de petits créateurs. Mais quand c’est Sandfall Interactive, le studio français encensé par toute l’industrie, qui sort les avocats pour intimider un auteur de bande dessinée sans défense, ça fait vraiment mal au coeur.

Une success story qui monte à la tête

Difficile de nier le phénomène. Depuis sa sortie en avril 2025, Clair Obscur: Expedition 33 est devenu l’une des plus grandes réussites du jeu vidéo français de tous les temps. Plus de 5 millions d’exemplaires vendus, des récompenses dans toutes les cérémonies, une couverture médiatique mondiale… Le studio montpelliérain est passé de parfait inconnu à symbole d’une industrie française rayonnante en l’espace de quelques mois. Les membres de l’équipe ont même été décorés de l’Ordre des Arts et des Lettres. Rien que ça.

Alors oui, quand on atteint ce niveau de notoriété, il est naturel de vouloir protéger son oeuvre. Personne ne le niera. Mais il y a des façons de le faire, et certaines sont franchement indéfendables.

Olivier Gay, une victime collatérale absurde

Olivier Gay est l’auteur d’une bande dessinée intitulée « L’Académie Clair-Obscur », publiée chez l’éditeur Drakoo. Un projet qu’il a pitché en 2019, soit des années avant que quiconque ait entendu parler du RPG de Sandfall. Il dispose d’un contrat signé à ce nom depuis mars 2024, là encore avant la sortie du jeu.

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Il a pourtant reçu un courrier d’avocat mandaté par l’entourage juridique de Clair Obscur: Expedition 33, lui demandant purement et simplement de cesser de vendre sa BD sous ce titre. L’argument sous-entendu ? Que son oeuvre bénéficierait désormais d’une sorte de rayonnement involontaire lié au succès du jeu.

Le plus absurde dans tout ça, c’est qu’Olivier Gay est lui-même un fan du jeu. Il l’a platinné. Il l’a conseillé sur ses réseaux. Il voue, selon ses propres mots, « une admiration sans bornes » à la success story de Sandfall Interactive. Et les histoires n’ont strictement rien en commun : sa BD raconte l’histoire d’un paysan intégrant une école de magie de l’élite, le « clair-obscur » y désignant une technique magique particulière. Aucun lien thématique, aucun lien narratif, aucune tentative de parasitisme.

« Clair-obscur » appartient à tout le monde, et à personne en particulier

Il y a un argument encore plus évident que tout le monde semble oublier dans cette histoire : le terme « clair-obscur » est une technique picturale vieille de plusieurs siècles. Son essor remonte au XVIe siècle, ses origines à l’Antiquité. Caravage, Rembrandt, Vermeer… voilà les véritables pères de ce que représente le mot « clair-obscur » dans l’histoire de l’art. L’idée qu’un jeu vidéo, aussi brilliant soit-il, puisse aujourd’hui se poser en propriétaire de cette expression est proprement surréaliste.

Prétendre au monopole d’une expression culturelle aussi ancrée dans l’histoire de l’humanité, c’est d’une arrogance qui dépasse le simple excès de zèle juridique.

Qui a réellement ordonné cette démarche ?

C’est là que la situation se complique, et il faut être honnête : on ne sait pas avec certitude d’où vient l’ordre. Sandfall Interactive n’a fait aucune communication officielle sur le sujet. Est-ce une initiative des développeurs eux-mêmes ? De Kepler Interactive, l’éditeur du jeu ? De juristes agissant de façon autonome pour « sécuriser » la marque, sans en référer à qui que ce soit ?

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On aimerait accorder le bénéfice du doute à l’équipe de développement. Leur discours public depuis le lancement a toujours été celui de créateurs humbles, épris de liberté artistique et reconnaissants envers leur communauté. Difficile d’imaginer que Guillaume Broche ou ses équipes aient personnellement décidé de s’en prendre à un auteur de BD sans le sou. Mais même si la décision vient d’avocats ou d’éditeurs agissant sans mandat explicite, cela ne retire rien à la responsabilité du studio : une marque, ça se gère, et laisser des juristes terroriser des petits créateurs en votre nom, c’est aussi une faute.

Car au bout du compte, peu importe qui a signé le courrier : c’est le nom de Clair Obscur: Expedition 33 qui apparaît dessus, et c’est l’image de Sandfall Interactive qui en prend un coup.

Une victime qui a choisi de plier

Le plus triste dans cette histoire, c’est le dénouement. Olivier Gay, ne pouvant se permettre financièrement d’engager une défense juridique face aux ressources d’un studio à plusieurs millions d’exemplaires vendus, a décidé de renommer sa BD. Simplement pour ne plus avoir d’ennuis. Sans même savoir si le succès sera au rendez-vous sous ce nouveau titre.

C’est exactement le genre de situation qui gangrène la créativité indépendante. Un auteur qui travaille depuis des années sur un projet, qui le publie en toute légitimité, et qui est contraint de tout changer non pas parce qu’il a tort, mais parce qu’il ne peut pas se battre. L’intimidation juridique à l’état pur.

Une tâche sur un beau tableau

On ne retirera rien au talent immense de l’équipe de Sandfall Interactive. Clair Obscur: Expedition 33 reste un chef-d’oeuvre du RPG moderne, une fierté nationale, et l’une des expériences vidéoludiques les plus marquantes de ces dernières années. Mais le succès n’immunise pas contre les mauvaises décisions, et cette affaire laisse un arrière-goût amer.

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Il reste à espérer que quelqu’un, au sein de l’équipe ou chez Kepler Interactive, prenne conscience de l’absurdité de la situation et fasse le nécessaire pour qu’Olivier Gay puisse continuer à vendre sa BD sous son titre original. Ce serait la moindre des choses.


Et vous, que pensez-vous de cette affaire ? Pensez-vous que le studio est directement responsable, ou qu’il s’agit d’un excès de zèle de la part des juristes ? Donnez votre avis en commentaire, et partagez cet article pour que cette histoire ne reste pas dans l’ombre !

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