C’est une tradition aussi immuable que les saisons : chaque année, lors de la CitizenCon, le grand manitou de Cloud Imperium Games, Chris Roberts, nous gratifie d’une déclaration dont il a le secret. Des promesses de technologies révolutionnaires, des ambitions démesurées et, bien sûr, l’assurance que le développement de ses deux arlésiennes, Star Citizen et Squadron 42, avance à grands pas. Cette année, le plat de résistance fut particulièrement savoureux : le créateur a tout simplement comparé son bébé, Squadron 42, au titan le plus attendu de la décennie, un certain Grand Theft Auto 6. Rien que ça.
« On veut que ce soit aussi gros que GTA 6 »
La phrase est lâchée, presque désinvolte, mais elle pèse des téraoctets d’attentes et de scepticisme. Chris Roberts, du haut de sa montagne de financement participatif qui défie les lois de la gravité financière (plus de 700 millions de dollars, rappelons-le), ne se contente plus de vouloir livrer le meilleur jeu de combat spatial de tous les temps. Non, désormais, l’objectif est de jouer dans la cour des grands, des très grands. Il vise « un jeu qui a le même impact » que le mastodonte de Rockstar Games.
Sur le papier, l’ambition est louable. Qui ne voudrait pas d’une campagne solo aussi dense, narrativement riche et techniquement bluffante que ce que l’on imagine pour GTA 6 ? Le casting hollywoodien de Squadron 42 (Mark Hamill, Gillian Anderson, Gary Oldman…) est d’ailleurs là pour nous le rappeler : le projet se veut être une superproduction. Mais la comparaison s’arrête brutalement là où la réalité reprend ses droits.
Le calendrier, ce concept si relatif
Car voyez-vous, il y a un « détail » qui sépare ces deux titans en devenir. L’un, GTA 6, a une fenêtre de sortie. Certes, elle semble encore lointaine (26 mai 206), mais elle existe. Elle est là, tangible, presque rassurante. Elle nous dit que chez Rockstar, malgré les secrets et les attentes, on finit par livrer la marchandise.
L’autre, Squadron 42, navigue depuis plus d’une décennie dans une nébuleuse temporelle. Annoncé au début des années 2010, le jeu devait initialement sortir en… 2014. Puis 2016. Puis « bientôt ». Aujourd’hui, on nous assure qu’il est « terminé au niveau du contenu » et qu’il est entré dans une longue phase de « polissage ». Une phase qui, connaissant le perfectionnisme (doux euphémisme) de Chris Roberts, pourrait durer aussi longtemps que la carrière de Mark Hamill elle-même.
Comparer l’ambition de Squadron 42 à GTA 6 est donc un exercice de style périlleux. C’est un peu comme si un artisan qui fabrique une magnifique voiture à la main depuis douze ans dans son garage déclarait vouloir concurrencer la prochaine Tesla… sans savoir s’il aura un jour fini d’installer les essuie-glaces.
Le rêve contre la réalité
En attendant que les équipes de CIG finissent de polir chaque recoin de chaque astéroïde, les joueurs de GTA, eux, savent qu’ils retourneront à Vice City l’année prochaine. Ils peuvent compter les jours, spéculer sur le contenu, s’énerver des futurs reports inévitables. Ils sont dans l’attente. Les backers de Squadron 42, eux, sont dans l’espérance. Une forme de foi quasi religieuse qui veut que, peut-être, un jour, leurs petits-enfants pourront enfin voir le fruit de leur patience et de leur investissement.
Alors oui, Chris, on veut bien te croire. On veut rêver avec toi d’un jeu qui redéfinira son genre. Mais en attendant, permets-nous de rester sarcastiques. Car pour l’instant, la seule chose que Squadron 42 a en commun avec GTA 6, c’est son statut de fantasme. Sauf que l’un d’eux a déjà pris son billet pour la réalité. Pour l’autre, on attend toujours la confirmation de la mise à feu.

