Souvenez-vous. Il y a quelques jours à peine, l’affaire qui opposait les représentants juridiques de Clair Obscur: Expedition 33 à l’auteur de bande dessinée Olivier Gay faisait l’effet d’une douche froide dans toute la communauté. Un studio français adulé, porté aux nues par l’industrie entière, qui sort les avocats contre un auteur indépendant qui n’a fait de mal à personne. Ambiance. Mais voilà : quelques jours et un communiqué officiel plus tard, le feuilleton prend une fin nettement plus agréable.
Sandfall Interactive a officiellement annoncé le retrait de la mise en demeure adressée à Olivier Gay et à la maison d’édition Drakoo. Pour les non-initiés, on vous résume rapidement le contexte, et pour le détail de l’affaire initiale, notre article sur le sujet vous attend ici.
Retour rapide sur l’affaire
Olivier Gay est l’auteur de « L’Académie Clair-Obscur », une bande dessinée publiée en janvier 2026 chez Drakoo, dans laquelle le terme « clair-obscur » désigne une technique magique propre à l’univers de l’oeuvre. Un auteur qui, ironie du sort, est lui-même un fan déclaré du jeu vidéo de Sandfall. Il l’a platinné. Il l’a conseillé à son entourage. Il voue une admiration sincère au studio montpelliérain.
Malgré cela, un courrier d’avocats mandatés par les représentants juridiques du studio lui est parvenu, lui demandant purement et simplement de cesser de commercialiser sa BD sous ce titre. L’argument invoqué : un risque de confusion avec la marque Clair Obscur: Expedition 33, dont le succès est désormais planétaire (plus de 5 millions d’exemplaires vendus depuis avril 2025). La réaction du public a été immédiate et sans appel : indignation généralisée, sentiment d’injustice, et une image de Sandfall sérieusement écornée le temps d’un week-end.
Sandfall prend la parole et rectifie le tir
Face au tollé, le studio a d’abord gardé le silence pendant quelques jours, avant de publier un premier message indiquant que des discussions avaient lieu en coulisses. Puis, le 10 mars 2026, le compte officiel de Sandfall Interactive a livré une réponse définitive sur ses réseaux sociaux.
Le studio commence par s’expliquer sur ce silence qui avait alimenté les spéculations :
« Désolés d’avoir traîné à communiquer sur le sujet. La situation initiée par les représentants juridiques de notre studio était nouvelle pour nous et complexe à gérer. Nous voulions nous assurer de pouvoir en discuter avec toutes les parties prenantes pour être sûrs de comprendre ce qu’il se passait avant de partager des informations avec vous. »
Honnêteté appréciable. On comprend mieux pourquoi le studio n’a pas réagi dans les minutes qui ont suivi l’explosion médiatique. Cela étant, préciser cela dès le premier communiqué aurait évité beaucoup de malentendus. Mais passons.
Le plus important vient ensuite, avec l’annonce du retrait officiel de la mise en demeure :
« Sandfall travaillait à retirer les demandes de notre représentant légal, ce qui est maintenant fait. Leur rôle est de nous protéger notamment contre les produits contrefaits, mais l’action initiée envers la bande dessinée ‘L’Académie Clair-Obscur’ parue en janvier 2026 ne nous correspond pas. Nous avons toujours voulu soutenir les artistes et encourager la créativité, et c’est l’une des valeurs les plus importantes que nous voulons défendre à Sandfall. On souhaite plein de succès à Olivier et Grelin pour leur bande dessinée ! »
Voilà. Le message est clair, il va dans le bon sens, et il confirme ce que beaucoup espéraient : que cette action juridique était le résultat d’un excès de zèle des représentants légaux, et non d’une volonté délibérée du studio de nuire à un auteur indépendant.
Ce que l’affaire révèle sur le droit des marques
Ce mini-feuilleton aura au moins eu le mérite de mettre en lumière quelques réalités juridiques que le grand public ignore souvent. Yann Basire, professeur au Centre d’Etudes Internationales de la Propriété Intellectuelle (CEIPI) et directeur de la Revue Francophone de la Propriété Intellectuelle, a pris la parole sur ses réseaux pour nuancer le débat avant même la résolution de l’affaire.
Sa conclusion ? Que si un nom commun peut tout à fait être déposé comme marque dans un secteur donné (il cite l’exemple d’Apple pour les ordinateurs), la situation était loin d’être aussi simple qu’il n’y paraissait. L’usage du terme « clair-obscur » dans la BD ne constitue pas un « usage à titre de marque », mais bien un usage à titre de « titre » pour identifier une oeuvre. Une distinction juridique fondamentale qui rendait la mise en demeure particulièrement fragile sur le fond.
En résumé : l’affaire aurait pu durer longtemps devant un tribunal, et Sandfall n’avait pas nécessairement gain de cause automatiquement garanti. Ce qui rend la décision de retirer la demande encore plus logique, et finalement salutaire pour tout le monde.
Notre avis
Soyons honnêtes : cette affaire n’aurait jamais dû exister. Le simple fait qu’un auteur ait pu passer quelques jours à angoisser sur l’avenir de son oeuvre, à cause d’un courrier d’avocats lié à un studio qu’il admire sincèrement, est une absurdité que le succès commercial ne devrait jamais produire.
Cela dit, la réaction finale de Sandfall est la bonne. Elle est franche, elle est humaine, et elle dissipe clairement les soupçons de mauvaise foi. Le studio montpelliérain confirme que ses valeurs de soutien à la créativité ne sont pas que des mots de com. C’est rassurant, et ça mérite d’être dit.
Reste que l’incident illustre un problème plus large : dès qu’un studio ou une licence atteint un certain niveau de succès, la machine juridique se met en marche automatiquement, parfois bien au-delà de ce que les créateurs eux-mêmes souhaiteraient. Les auteurs indépendants, qui n’ont pas les moyens de se battre dans une guerre d’avocats, en sont les premières victimes.
Pour Olivier Gay et sa BD « L’Académie Clair-Obscur », l’essentiel est sauf. Et c’est déjà beaucoup. Si vous souhaitez découvrir l’univers du jeu qui a déclenché tout ça, notre article sur la mise à jour gratuite de Clair Obscur: Expedition 33 vous donnera envie d’y replonger.
Cette affaire est désormais derrière nous, et c’est tant mieux. Est-ce que vous pensiez que Sandfall allait finalement faire machine arrière ? Que pensez-vous de la gestion de la communication du studio tout au long de cette semaine ? Donnez-nous votre avis en commentaire, et partagez l’article si le sujet vous a intéressé !

