Jeudi 5 mars 2026, la salle de La Cigale à Paris accueillait la 7e édition des Pégases, la cérémonie organisée par l’Académie des arts et techniques du jeu vidéo qui récompense chaque année le meilleur de la production vidéoludique française. Et franchement, si vous suivez l’actualité du secteur depuis quelques mois, la soirée n’avait rien d’un suspense haletant. Un nom planait sur l’événement avec l’autorité tranquille de quelqu’un qui sait déjà qu’il a gagné. Ce nom, c’est bien évidemment Clair Obscur : Expedition 33.
Les Pégases, c’est quoi exactement ?
Pour ceux qui découvriraient la cérémonie, les Pégases ne fonctionnent pas comme un jury restreint de spécialistes enfermés dans une salle. Le vote est effectué par les plus de 3 000 professionnels de l’industrie inscrits à l’Académie, en deux tours, avec un scrutin secret. C’est une reconnaissance par les pairs, ce qui lui donne une légitimité particulièrement forte dans le secteur. La déléguée générale du Syndicat national du jeu vidéo (SNJV), Vanessa Kaplan, qui est à l’origine de l’événement depuis 2020, résume bien l’idée : les Pégases ont trouvé leur propre identité, distincte de celle des César au cinéma, parce que le jeu vidéo est une industrie à la fois culturelle et technologique, avec sa propre culture.
Cette année, 18 trophées étaient décernés dans 16 catégories, en plus de quelques annonces exclusives entrecoupées entre les remises de prix. La cérémonie était diffusée en direct sur YouTube et sur la chaîne Twitch de Samuel Etienne, permettant au grand public de suivre l’événement depuis chez lui.
Clair Obscur : la razzia était attendue, elle est arrivée
Le studio montpelliérain Sandfall Interactive avait déjà tout raflé aux Game Awards américains en décembre 2025, avec neuf récompenses sur douze nominations dont le titre suprême de jeu de l’année, une première historique pour un titre français. Alors forcément, rentrer au pays pour les Pégases avec quatre nominations et repartir bredouille aurait constitué l’une des surprises les plus absurdes de l’histoire de la cérémonie.
Il n’en a rien été. Clair Obscur : Expedition 33 remporte les quatre prix pour lesquels il était nommé : meilleur jeu vidéo, excellence visuelle, meilleur univers sonore et excellence narrative. Quatre nominations, quatre trophées. Un sans-faute qui souligne à quel point ce RPG au tour par tour, dont vous pouvez retrouver notre couverture complète sur Chronotaku, a marqué les esprits bien au-delà des frontières françaises. Plus de 5 millions d’exemplaires vendus depuis sa sortie en avril 2025, une équipe décorée chevalier des Arts et des Lettres par l’ex-ministre de la Culture, une tournée de concerts sold-out… Le phénomène ne faiblit décidément pas. C’est mérité, mais c’est aussi une cérémonie un peu trop verrouillée d’avance pour qu’on puisse vraiment parler de suspense.
Les autres lauréats qui méritent l’attention
Si Clair Obscur a trusté le haut de l’affiche, d’autres titres ont eu leurs moments de gloire, et ils méritent qu’on s’y attarde.
Absolum, le beat’em up roguelite du studio parisien Dotemu, repart avec deux prix : meilleur jeu vidéo indépendant et meilleur game design. C’était le titre le plus nommé de cette édition avec cinq nominations, et on ne peut que saluer la reconnaissance d’un studio qui sait faire des jeux d’action avec une vraie identité visuelle. Dotemu, ce sont aussi les gens derrière Streets of Rage 4 et Metal Slug Tactics, donc la maison connaît son sujet.
Wednesdays, le jeu d’auteur produit par Arte qui aborde le thème des violences sexuelles intrafamiliales, repart lui aussi avec deux récompenses : meilleur jeu vidéo dans la catégorie « Au-delà du jeu vidéo » et meilleure accessibilité. C’est sans doute l’un des palmarès les plus émouvants de la soirée, parce que Wednesdays est exactement le type de production qu’on a besoin de voir plus souvent dans l’industrie : un jeu qui ose parler d’un sujet difficile avec intelligence et sensibilité.
The Rogue Prince of Persia, développé par Evil Empire et soutenu par Ubisoft, remporte le prix du meilleur premier jeu. Du côté des jeux étrangers, Hollow Knight : Silksong de Team Cherry remporte le meilleur jeu vidéo indépendant étranger. Sorti le 4 septembre 2025 après des années d’attente devenues un mème internet en soi, le metroidvania australien s’est vendu à plus de 7 millions d’exemplaires en quelques mois. Hades II de Supergiant Games, dont vous pouvez retrouver notre suivi des mises à jour sur Chronotaku, repart quant à lui avec le titre de meilleur jeu vidéo étranger.
Palmarès complet : nominés et gagnants
| Catégorie | Nominés | Gagnant |
|---|---|---|
| Meilleur jeu vidéo | The Rogue Prince of Persia, Absolum | Clair Obscur : Expedition 33 |
| Meilleur jeu vidéo indépendant | Sol Cesto, Wednesdays, Rematch | Absolum |
| Meilleur jeu vidéo mobile | Spongebob : Patty Pursuit 2, Molang Match’n Munch | Les Murmures du Soleil |
| Meilleur premier jeu vidéo | Carimara – Beneath the Forlorn Limbs, Drop Duchy | The Rogue Prince of Persia |
| Meilleur jeu vidéo étudiant | 12 Memory Lane, Barrell Roll | Candellum |
| Au-delà du jeu vidéo | Fireside Feelings, A Better World | Wednesdays |
| Excellence visuelle | Absolum, The Rogue Prince of Persia | Clair Obscur : Expedition 33 |
| Meilleur univers sonore | The Rogue Prince of Persia, Absolum | Clair Obscur : Expedition 33 |
| Excellence narrative | Crown Gambit, L’Amerzone, Wednesdays | Clair Obscur : Expedition 33 |
| Meilleur game design | Sol Cesto, Drop Duchy | Absolum |
| Meilleure innovation technologique | Plan B: Terraform, Sheepherds! | Rematch |
| Meilleure accessibilité | Sheepherds!, Les Murmures du Soleil | Wednesdays |
| Meilleur service d’exploitation | Assassin’s Creed Mirage: Valley of Memory, Microsoft Flight Simulator 2024 | Ravenswatch |
| Meilleur jeu vidéo étranger | Dispatch, Kingdom Come Deliverance II | Hades II |
| Meilleur jeu vidéo indépendant étranger | Dispatch, Hades II | Hollow Knight : Silksong |
| Meilleur jeu vidéo mobile étranger | Subnautica, Planet of Lana | The Storyteller |
| Personnalité de l’année | Alexis Garavaryan (PDG de Kepler Interactive) |
Une industrie française à deux vitesses
Ce palmarès est flatteur, mais il serait malhonnête de ne pas mentionner le contexte dans lequel il s’inscrit. Pendant que Clair Obscur brille sous les projecteurs, l’industrie vidéoludique française traverse une période difficile, marquée par des licenciements massifs chez Ubisoft, des restructurations douloureuses et des fermetures de studios. Le succès de Sandfall Interactive est réel et mérite d’être célébré, mais il ne doit pas masquer les fragilités structurelles d’un secteur qui a besoin de soutien au-delà des soirées de gala.
Les Pégases, à leur façon, remplissent une mission importante : donner de la visibilité aux studios et aux créateurs qui font vivre cette industrie au quotidien, y compris ceux qui ne remontent pas sur scène ce soir-là. C’est peut-être ça, leur valeur ajoutée la plus précieuse.
Vous avez regardé la cérémonie en direct ? Le palmarès vous a surpris, ou c’était exactement ce que vous attendiez ? Dites-le nous en commentaire, et partagez l’article autour de vous !

