Sorti le 1er juillet 2026 chez Glénat Manga, le quatrième tome de Tower Dungeon signé Tsutomu Nihei débarque avec une promesse osée : abandonner (provisoirement) son trio de héros pour suivre une toute nouvelle bande d’aventuriers. Un pari risqué pour une dark fantasy qui commençait tout juste à poser les jalons de son intrigue principale. Alors, coup de génie narratif ou décision qui va faire perdre patience aux lecteurs ? On a lu, relu, et on vous donne notre avis sans filtre.
De quoi parle ce quatrième tome ?
Après les révélations sur les origines de Yuva et l’ascension du groupe jusqu’au niveau 80 de la tour des dragons dans le tome précédent, Nihei change complètement de perspective. Exit, provisoirement, Yuva, Eriquo et Lilisen. Place à une toute nouvelle faction, réunie presque par hasard à bord d’un bateau ballotté par une mer déchaînée.
Le point de départ est presque comique : un groupe hétéroclite de six personnages se forme autour du partage de pilules contre le mal de mer, la fameuse « Alliance des pilules anti-mal de mer ». On y retrouve Iksei, un dracomorphe manchot, Lyxul son valet muet, Sourafi la princesse des Ratwick accompagnée de son chevalier servant Goundi, ainsi qu’Aridellia, chevalière en armure, et Sargan, un vieux mage de feu perché sur sa monture Corvi.
Ce petit monde à peine constitué se retrouve happé par la tour, direction affrontement immédiat contre des soldats morts-vivants hostiles. Le message est clair : dans Tower Dungeon, personne n’a le temps de souffler.
Un choix narratif qui divise
C’est clairement le point central de ce tome 4, et probablement celui qui va faire jaser la communauté. Nihei délaisse son intrigue principale pour se concentrer entièrement sur ce nouveau groupe, sans réellement expliquer où cela nous mène.
D’un côté, l’idée a du sens sur le papier. Elle permet d’élargir l’univers de la tour, de montrer que Yuva et ses compagnons ne sont pas les seuls à tenter l’ascension, et d’apporter un peu de fraîcheur après trois tomes centrés sur les mêmes personnages. La dynamique entre Iksei et Sourafi, notamment, apporte une touche d’humour bienvenue dans un univers par ailleurs très sombre.
De l’autre, on ne va pas se mentir : le lecteur qui suit la série depuis le tome 1 a de quoi être déstabilisé. On avait déjà du mal à s’y retrouver dans la temporalité et la progression de l’ascension quand on suivait Yuva. Là, avec une nouvelle équipe, un nouveau point d’entrée dans la tour et des enjeux encore flous, la confusion s’installe encore un peu plus. Nihei construit son puzzle narratif avec une patience qui frôle parfois l’exaspération, en refusant obstinément de donner la moindre clé de lecture.
Une direction artistique toujours aussi maîtrisée
Sur le plan visuel en revanche, difficile de trouver quoi que ce soit à redire. Le trait de Nihei reste d’une précision chirurgicale, particulièrement quand il s’agit de retranscrire l’architecture labyrinthique et oppressante de la tour. L’auteur de Blame! et Knights of Sidonia n’a rien perdu de son sens du détail et de la mise en scène.
Ce tome met en avant un adversaire particulièrement marquant, dont la simple présence suffit à faire grimper la tension. On sent que Nihei sait doser l’effroi et le suspense, rappelant que dans son univers, personne n’est jamais réellement en sécurité, qu’on soit un héros installé depuis trois tomes ou un nouveau venu introduit deux pages plus tôt.
L’ambiance générale reste fidèle à ce qui a fait le succès de la série jusqu’ici : une dark fantasy exigeante, où le danger rôde à chaque case, portée par un sens de l’exploration et de l’immersion assez rare dans le genre.
Notre avis
Tower Dungeon tome 4 est un tome bancal, à double tranchant. D’un côté, on salue l’ambition de Nihei d’élargir son univers et de ne pas se reposer sur les acquis de son trio principal. La nouvelle équipe a du charme, l’humour ponctuel fait du bien, et la mise en scène reste toujours aussi impressionnante visuellement.
Mais de l’autre, ce choix a un coût narratif réel. En laissant de côté Yuva et ses compagnons sans offrir la moindre bouée de sauvetage au lecteur pour s’orienter dans cette nouvelle temporalité, Nihei prend le risque de perdre en cours de route une partie de son public. Ce tome accumule les interrogations sans jamais donner l’impression d’avancer concrètement dans l’intrigue globale. On reste avec l’impression frustrante de tourner autour du pot, certes avec élégance, mais autour du pot quand même.
Reste à espérer que le tome 5 commencera enfin à recoller les morceaux de ce puzzle, sous peine de voir la curiosité initiale des lecteurs céder progressivement la place à la lassitude. Pour l’instant, Tower Dungeon continue de vivre sur la solidité de son univers et de son style graphique, plus que sur la clarté de sa narration.
Pour se faire une idée du chemin parcouru par la série, n’hésitez pas à consulter notre critique du tome 2 de Tower Dungeon, qui posait déjà les bases de cet univers aussi fascinant qu’impitoyable.
Et vous, avez-vous accroché à ce changement de perspective ou êtes-vous, vous aussi, un peu perdus dans la tour des dragons ? Dites-nous tout en commentaire, et n’hésitez pas à partager cet article si vous aussi vous suivez l’ascension chaotique de Tower Dungeon.

